L'interview présidentielle ne restaure pas la confiance.
La première mesure de popularité du Président Nicolas Sarkozy après son interview télévisée du 24 avril renseigne sur ce que les Français en retiennent, sur le rôle dévolu au Premier ministre François Fillon et les marges de manœuvre du couple exécutif.
Avec 38% de confiance fin avril, la côte de Nicolas Sarkozy se tasse de deux points depuis le voyage du couple présidentiel en Angleterre après lequel le niveau de confiance était remonté. Son intervention devant la nation par le biais des journalistes n'aura pas suffi à renouer le lien avec les Français.
A l'issue de l'émission, 52% ne l'avaient pas trouvé convaincant (contre 36%). Il s'agissait d'un niveau sensiblement comparable à celui d'après sa conférence de presse de janvier qui marquait le début de l'incompréhension nationale. Mais un Français sur deux demeurait alors confiant envers le Président (1). L'efficacité de la parole présidentielle s'est donc, durant près de quatre longs mois, émoussée.
Le détail des évolutions selon les catégories socio- politiques révèle l'impact qualitatif des messages présidentiels.
Socialement : Nicolas Sarkozy progresse chez les ouvriers (+3 points : 32%). Son intervention aura indiquée pour ceux qui reviennent vers lui, qu'il n'a pas renoncé, contrairement à ses prédécesseurs, à peser sur le cours des choses. Surtout, le retour de la valeur « travail » et de sa contrepartie le « pouvoir d'achat » reconstruit pour eux la cohérence de l'alliance capital-travail au sein de la nation qui avait fondée sa domination dans les catégories ouvrières.
Par contre, faute de « récit » sur ce que serait son mandat d'ici 2012, Nicolas Sarkozy recule fortement dans les catégories qui, se projetant dans leur devenir social, sont les plus sensibles à la question de la cohérence de l'action présidentielle. Il perd 26 points chez les cadres et professions intellectuelles supérieures (25% de confiance).
Politiquement il se recentre sur son noyau dur. Il renforce son lien avec les sympathisants UMP (+5 points : 87%). Il progresse au Modem (+10 points : 38%). Mais il recule à gauche et chez les « sans préférence partisane » qui auront le moins suivi l'émission du 24 avril.
Au moment où Nicolas Sarkozy sort de sa réserve et s'explique, son Premier ministre François Fillon recule de 8 points en recueillant 42% de confiance. Le reflux concerne toutes les catégories de Français. Il faut y voir le signe que sa progression antérieure était pour beaucoup le fruit de son instrumentalisation par l'Opinion pour amener le Président à s'expliquer et à se remettre au service de la fonction présidentielle.
Le rapport du pays au Président est sans doute stabilisé, mais la confiance n'est pas restaurée. La magie du verbe sarkozyste s'est dissipée. Le pays jugera sur pièce à partir de l'action de l'exécutif mais ses marges de manœuvre se sont réduites. Le pays est sous tension. Il veut sortir de l'ornière mais l'affaiblissement présidentiel rend les embardées possibles.
Stéphane ROZES
Directeur Général de CSA
Directeur du Pôle opinion, image et stratégies
Maître de conférences à Sciences Po Paris
(1) Sondage exclusif CSA / LE PARISIEN / AUJOURD'HUI EN FRANCE réalisé par téléphone le 25 avril 2008 au domicile des personnes interrogées. Echantillon national représentatif de 1002 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d'agglomération.