CSA

A propos des polémiques sur les sondages :

Retrouvez les positions de CSA à travers des interviews donnés à la presse par Roland Cayrol et Stéphane Rozès :

Le point de vue de Roland Cayrol publié dans Le Télégramme :

Le Télégramme

Roland Cayrol.
« Ce ne sont pas des pronostics»

Personne n'a oublié le choc du 21 avril 2002 et la présence annoncée d'un duel Chirac-Le Pen au second tour de la présidentielle. Les instituts de sondages ont alors été immédiatement accusés de n'avoir rien vu venir. « Un procès absurde », explique au Télégramme Roland Cayrol, qui pilote l'institut CSA.

Quelles leçons tirez-vous de 2002 ?

C'est un procès absurde ! J'ai passé la dernière semaine de la campagne à expliquer dans les médias que nous étions passés dans une zone d'incertitudes ! La courbe montrait ce qui était en train de se passer avec la chute aux enfers de Jospin et la lente montée de Le Pen... Mais lorsque, pendant quatre ans, les médias ont habitué les gens à l'idée d'un match Chirac- Jospin, les trublions qui viennent la dernière semaine leur dire : « Ecoutez... ça a un peu changé », personne ne les entend... En 2002, 19% des Français ont dit qu'ils avaient fait leur choix définitif le jour même du vote ! Les électeurs savaient ce qu'ils faisaient : ils ont sanctionné Jospin. C'est lui qui s'était coupé de son électorat, qui a fait une mauvaise campagne. Pas les sondeurs.

Comment réagissez- vous aux critiques sur les sondages ?

Nous sommes le seul pays au monde où il y ait cette critique permanente des sondages ! Pour les politiques, ça se comprend : ils ne critiquent les sondages que lorsqu'ils sont en baisse. C'est bien connu : on n'est pas d'accord avec le thermomètre, alors, on le jette, plutôt que de lutter contre la fièvre ! Pour les journalistes, c'est plus étrange. Ces chiffres que les « experts » viennent leur asséner, les irritent, d'autant que les sondages sont devenus - beaucoup trop à mon goût - la seule chose que l'on ait, semble-t-il, à se mettre sous la dent dans une campagne électorale ! Faute d'essayer de comprendre la société française, faute de débusquer dans le discours politique les contradictions, les incohérences, on tape sur les sondeurs ! C'est absurde ! Nous produisons des chiffres qui comportent intrinsèquement des marges d'erreur. Le sondage, c'est une approximation du niveau de l'opinion. Prenez l'exemple de Bayrou. Qui parlerait aujourd'hui de sa montée si nous n'avions pas pu la mesurer ! Les « trous d'air » de Ségolène Royal n'ont pas été inventés ! Les sondages permettent de suivre des évolutions. Ils ne peuvent en rien permettre de faire des pronostics ! C'est une photo, à un moment donné. Ceci étant, si l'on regarde une série de photos, on peut voir dans quel sens va le film...

Etes-vous aujourd'hui capables de « corriger » les données que vous récoltez ?

C'est le travail auquel nous nous livrons toute l'année ! Si l'on regarde les dernières présidentielles, entre le deuxième et le troisième, Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin, il y avait 0,7 point d'écart. Aucun sondage ne permet de dire quel est celui des deux qui sera devant l'autre. Pas plus en 2007 qu'en 2002 ! Si on termine la campagne avec deux candidats qui sont à un point d'écart, cela peut tout aussi bien vouloir dire que celui qui est distancé d'un point est devant ! Nous n'avons pas la capacité de mesurer aussi finement. Si ce que certains ont appelé « l'erreur » de 2002, c'est cela, il y aura encore peut-être des « erreurs en 2007 » !

Comment voyez -vous la campagne 2007 ?

Nous n'avons jamais vu une campagne démarrer si tôt ! Dans le même temps, nous avons le sentiment que la vraie campagne n'a pas vraiment démarré... On a des candidats, mais plus que d'habitude, l'incertitude sur qui pourra être candidat jusqu'au bout ! Le drame des 500 signatures pèse beaucoup, car, en 2008, il y a les municipales. Les maires n'ont pas envie d'être apostrophés par des électeurs qui leur diraient : « Pourquoi as-tu donné ta signature à X ou Y ? »

Que penser du match Sarkozy-Royal ?

Les gens nous disent, « il y en a marre. Qu'on ne nous refasse le coup de 2002. On ne veut pas se faire bourrer le crâne avec un match joué d'avance ». Les gens nous disent : on veut un vrai premier tour ! Encore un paradoxe car, dans le même temps, une majorité nette des Français a très envie de ce duel ! Propos recueillis par Catherine Magueur

Propos recueillis par Catherine Magueur

Roland Cayrol

Selon Roland Cayrol, qui dirige l’institut CSA, le sondage « est une photo, à un moment donné ». (Photo C. Prigent, archives)